Aller au contenu

Modéliser son activité

Parcours · Chapitre 5

Piloter par les flux

Décrire ses processus et tout enregistrer ne suffit pas : il faut savoir, à temps, si tout va bien, et quoi faire sinon. C’est la troisième étape du SQA, la gestion des flux : relire régulièrement ce qui a été enregistré, le comparer à des limites, et agir.

À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • ce qu’est un indicateur et une limite de tolérance ;
  • distinguer les trois réponses possibles : continuer, ajuster, corriger ;
  • définir les quelques indicateurs dont votre activité a besoin.

Trois étapes, trois rôles

Reprenons les trois étapes du chapitre 0. Chacune a son rôle dans le suivi de l’activité :

Les trois étapes et leur rôle dans le suivi
ÉtapeCe qu’elle faitSon objectif
Système qualitéIl organise la saisie, le suivi, l’analyse et le rangement des données qui circulent dans l’entreprise, et propose les améliorationsAlimenter la base de données ; décider des actions préventives
Gestion de productionElle suit l’état de la production par des indicateurs, liés à des limites de tolérancePlanifier la production et gérer le besoin
Gestion des fluxElle mesure le rendement, situe la capacité réelle de production, évalue les projetsDécider des actions correctives ; optimiser la productivité et maîtriser les performances

La gestion des flux découle des deux autres : elle n’existe que si les données sont enregistrées (système qualité) et suivies (gestion de production).

Enregistrer, mesurer, montrer

Pour piloter un flux, il faut trois choses :

Ensemble, ces trois éléments permettent de suivre une valeur dans le temps, et de réagir avant qu’elle sorte de ses limites.

Le cycle des données

Le cycle des données, en 6 étapes
Le cycle des données Le système qualité Collecte des données et choix des améliorations Production 1 Enregistrements Données La gestion de production Exploitation des données et suivi des indicateurs 2 Collectedes données 3 Trides données 4 Lecture desindicateurs > Productivité conforme < > Action préventive <Fin de lotsRetard de commande > Action corrective <Rupture de stockAnnulation de commande La gestion des flux internes Optimisation de la production et maîtrise des performances Continuité Ajustement Correction 5 Actionsrelatives 6 Enregistrements Période
  1. Étape 1 — Les enregistrements

    Tout commence par la production, et par ce qu’elle laisse : les enregistrements. Chaque numéro de lot, chaque quantité, chaque heure notée au poste est une petite donnée.

    Pour votre activité : Qu’enregistrez-vous déjà, sans en tirer d’indicateur ?

  2. Étape 2 — La collecte

    Les enregistrements sont rassemblés. Seuls, ils ne disent pas grand-chose ; ensemble, ils forment les données de l’activité sur une période.

    Pour votre activité : Où sont vos enregistrements : dans un seul endroit, ou dispersés entre cahiers, papiers et fichiers ?

  3. Étape 3 — Le tri

    On trie : on garde ce qui sert à décider, on regroupe par produit, par poste, par client.

  4. Étape 4 — La lecture des indicateurs

    On lit les indicateurs : chaque valeur est comparée à ses limites. Une lecture, c’est un moment et une personne : quelqu’un regarde, à une date prévue. Un indicateur que personne ne lit ne pilote rien.

    Pour votre activité : Qui, chez vous, regarde les chiffres, et à quel rythme ?

  5. Étape 5 — Les actions

    Selon la position de la valeur, trois réponses :

    • Continuité (vert) : la valeur est dans ses limites ; la productivité est conforme ; on continue.
    • Ajustement (jaune) : la valeur approche d’une limite ; on agit avant le problème. Ce sont les actions préventives : un lot qui arrive à sa date limite, une commande en retard.
    • Correction (rouge) : la limite est franchie ; on corrige. Ce sont les actions correctives : une rupture de stock, une commande annulée.

    Pour votre activité : Quand avez-vous agi pour la dernière fois avant qu’un problème arrive ? Et après ?

  6. Étape 6 — Une nouvelle période

    Les actions elles-mêmes sont enregistrées, et le cycle recommence à la période suivante. On voit ainsi si l’ajustement a suffi, si la correction a tenu, et si les limites étaient bien placées.

    Pour vos propres indicateurs : voir la section « Un indicateur, des limites, une conduite ».

Un indicateur, des limites, une conduite

Prenons le stock d’un produit de base. On fixe deux limites : une limite basse, sous laquelle on risque la rupture, et une limite haute, au-dessus de laquelle on immobilise trop d’argent ou de place.

Le stock d’un produit de base : trois zones, trois conduites
ZoneSituationConduite
ContinuitéLe stock est entre ses limitesRien à faire
AjustementLe stock approche de la limite bassePasser commande maintenant, à la quantité habituelle
CorrectionLe stock est passé sous la limite basseCommande urgente ; prévenir les clients concernés ; chercher pourquoi la limite n’a pas suffi

Un indicateur utile répond à six questions : que mesure-t-il, sur quelle période, avec quelles limites, qui le lit, quand, et que fait-on dans chaque zone ? Sans la dernière réponse, c’est un chiffre de plus, pas un outil de pilotage.

Les limites ne sont pas fixées une fois pour toutes. Trop serrées, elles déclenchent des alertes inutiles qu’on finit par ignorer ; trop larges, elles laissent passer les dérives. On les revoit à l’usage.

Les trois flux, vus en détail

Chacun des trois flux peut s’étudier sous trois angles : sa décomposition (les étapes, les tâches, les données de chacune), sa répartition (comment le produit se divise et se transforme), sa circulation (par quels documents et quels chemins il passe).

Deux idées sont à retenir :

Le calcul du rendement

On suit la matière d’étape en étape. À chaque étape, on enregistre ce qui entre et ce qui sort ; la différence est le déchet de l’étape.

Les repères du flux matière, d’étape en étape
RepèreCe qu’on enregistreCalcul
BLa quantité qui entre à la première étape—
CLa quantité qui sort de la première étapeC = B − F1
DLa quantité qui sort de la deuxième étapeD = C − F2
ELa quantité qui sort de la dernière étape, expédiée ou vendueE = D − F3
F1, F2, F3Le déchet de chaque étapeF1 = B − C ; F2 = C − D ; F3 = D − E
FLe total des déchets évacuésF = F1 + F2 + F3

Le rendement d’une étape est ce qui en sort divisé par ce qui y entre : C ÷ B pour la première, D ÷ C pour la deuxième, E ÷ D pour la troisième. Le rendement global est E ÷ B. Il mesure la performance du travail : la part de matière exploitable que l’on tire de ce qui entre. Les déchets d’une étape (pelures, chutes) n’entrent pas dans le produit vendu, mais ils sont pesés et l’on sait où ils vont. Améliorer un geste fait monter le rendement : une entreprise qui épluche des pommes peut passer de 82 % à 95 % de matière exploitable en améliorant sa façon de les éplucher.

Exemple chez le maraîcher : 100 kg de légumes récoltés entrent au parage (B). Il en sort 92 kg (C) : 8 kg de feuilles et de racines sont écartés (F1). Après le lavage et le tri, il reste 88 kg (D) : 4 kg sont écartés (F2). Après le conditionnement, 86 kg sont vendus (E) : 2 kg sont perdus (F3). Le rendement du parage est de 92 % ; le rendement global, de 86 %.

La perte non tracée. Sur l’ensemble de l’activité, tout ce qui entre devrait se retrouver dans ce qui sort : le produit vendu et les déchets pesés, E + F = B. En pratique, une partie de la matière part sans être ramassée ni pesée : jetée avec d’autres déchets, emportée par les eaux usées, en poussière ou en fumée, parfois volée. C’est une perte non tracée : l’entreprise ne sait pas où elle part. On la mesure par un coefficient, noté α :

α = (B − E − F) ÷ B

Plus α est proche de zéro, mieux l’entreprise maîtrise son flux matière. Dans l’exemple, si les 2 kg perdus au conditionnement n’avaient pas été pesés, on ne retrouverait que 98 kg : α = (100 − 98) ÷ 100 = 0,02. Un α qui augmente peut aussi signaler une quantité oubliée ou une pesée fausse.

Dans les trois familles d’activité

Les exemples ci-dessous illustrent le propos. Les valeurs sont indicatives : celles qui conviennent à votre activité sont à fixer par vous, à partir de vos propres chiffres.

Dans les trois familles d’activité
IndicateurLimite ou repèreConduite en ajustement
Auto-écoleHeures de moniteur non réservées dans la semaine à venirPlus de 10 % des heuresRelancer les élèves en attente, proposer des créneaux
MenuisierChutes de bois par commande, rapportées au bois achetéAu-delà du taux habituelRevoir le plan de débit avant la commande suivante
MaraîcherInvendus du marché, en part de la récolte apportéeAu-delà d’un cageot sur dixRéduire la quantité apportée la semaine suivante, ou proposer des paniers

Trier les tâches

Proposition de tri pour le pilotage
TâcheCatégorie proposéePourquoi
Rassembler les enregistrementsAutomatiserIls sont déjà dans le logiciel
Trier, calculer les indicateursAutomatiserCe sont des calculs fixes
Comparer aux limites, signalerAutomatiserUne règle simple ; le logiciel affiche la zone
Lire les indicateursGarderC’est vous qui pilotez ; le logiciel présente, il ne lit pas à votre place
Lancer une action préventive habituelleAutomatiser, puis validerLe logiciel propose la commande ; vous la validez
Décider d’une correctionGarderC’est un jugement
Régler les limitesGarderElles dépendent de votre activité et de vos choix

Dans le logiciel de l’activité

(Techniques citées à titre d’exemple.)

À vous

  1. Choisissez trois indicateurs au plus : ceux qui vous auraient évité vos derniers problèmes.
  2. Pour chacun, répondez aux six questions : que mesure-t-il, sur quelle période, avec quelles limites, qui le lit, quand, et que faites-vous dans chaque zone ?
  3. Vérifiez que les données existent : sont-elles enregistrées (chapitre 4) ? Sinon, ajoutez le point d’enregistrement qui manque.

Imprimer la fiche « Définir un indicateur »

Chapitre suivant : rassembler les données de l’activité.